samedi 8 novembre 2008

Homotoxicus et une réflexion sur la volonté de destruction des sexes hasardeux

Nous avons eu la chance récente à Montpellier de participer à la diffusion et au débat avec la réalisatrice du film Homotoxicus. Voici mon avis sur la chose.

Homotoxicus, documentaire de Carole Poliquin (2007), axé sur la santé humaine alors que le projet originaire de l'auteur était plus ambitieux, mais cela aurait nécessité trop de temps (une dizaine d'heures). Tranchant dans le vif, elle fie ce premier documentaire et garda les autres vidéos pour des prochaines réalisations.


Le film montre l'évolution grandissante des maladies chroniques vis à vis des maladies infectieuses. La conservation et l'accumulation de la pollution à travers les chaînes alimentaires. La destruction de la condition des paysans et producteurs agricole du à la déforestation causé par l'extension de l'agriculture industrielle. L'augmentation du déficit d'attention, de l'hyperactivité, et du nombre d'intersexe qui grandit en parallèle avec les millieux particulièrement exposé à ces nouvelles pollutions. Une revendication qui peu se profiler à l'horizon de se drame des espèces et la réclamation d'un droit à nous reproduire face au produire de l'industrie, comme l'indique une des personnes dans le film.


L'argumentation éthique critique du film, nous replace comme des cobayes subissant ces pollution et valorise le principe de précaution (compris comme une protection ou l'on ne fait pas quand on ne sait pas) contre le principe de « gestion des risques » (qui consiste à faire ET diffuser alors qu'on ne sait pas, tout en faisant des recherches en arrière plan et à agir quand on découvre les risques).

La critique par la position du cobaye que nous aurions n'est pas juste, elle n'est pas assez critique. Le cobaye est dans le cadre d'un laboratoire, d'une situation contrôlé. Ce qui n'est pas du tout notre cas ou personne ne contrôle quoi que ce soit. Il est possible par ailleurs de pousser aussi la critique de la gestion des risques, en montrant qu'il s'agit de mettre en place une société de la contrainte ou l'on oblige les personnes à avoir tel ou tel attitudes ou comportement pour continuer à vivre dans le désastre. Il s'agit de la perspective indiqué dans un livre récent de l'encyclopédie des nuisances : la cogestion de la catastrophe. Ou comme le disait Bernard Pasobrola : la gestion de notre extinction.


L'approche globale du film est une critique scientifique (non dénué d'humour) des pollutions produites par un ensemble de marchandises modernes. Le sous-bassement idéal du film reste malencontreusement un appel à la « nature » ou au « bio » par opposition à l'industrie. Le langage du film reste imperturbablement scientifique. Cette position empêche la destruction des représentation-sociale-pièges qui nuise à la mise en place de critiques politiques ou raisonnables argumentés à travers par exemple des orientations comme la critique de la dépossession, la valorisation de la diversité (par opposition à l'homogénéïsation produite par les techniques industrielles) et la restauration de l'expérience du monde dans lequel on vit (relocalisation).

Florian Olivier

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L'aboutissement de la perte de soi engendrée par la société de contrôle : le désir d'être une fuite.

Certainement malgré elle, Béatriz Preciado1 ou plutôt son ambition, son projet de concrétisation, d'incorporation ou d'incarnation de la déconstruction est considéré ici comme l'aboutissement non pas de la liberté, mais du comportement réactionnaire-nihiliste engrangé par une société pour laquelle nous partageons certainement la même critique qu'elle.

La perspective de la déconstruction dans sa face politique, vise à se libérer de tout pouvoir de contrôle en refusant tout enfermement dans une identité ou case pratique pour la domination. Beatriz Preciado, à dépasser le cadre entièrement textuel d'origine de la déconstruction pour en être l'incarnation. Pour elle, il n'est pas question de pouvoir être désignée comme femme, homme, ou trans. Pour parvenir à ces fins, elle n'hésite pas à prendre des drogues, notamment à se mettre sous testoterone pendant 236 jours.

Son ambition de base, son projet est de refuser d'adopter les comportement qui vont avec les genres réifiés. Bien. Le problème c'est qu'a notre avis c'est que sa position n'est pas la réalisation d'une libération qui lui permet d'échapper a tous les codes, mais n'est que la réalisation, l'intégration qu'il y a des codes. Agissant contre eux jusqu'à se modifier chimiquement grâce aux industries pharmaceutiques elle ne fait que désigner la victoire de la domination : personne ne viendra la renverser, tout le monde se contentera de s'y adapter.

A notre le déconstructionnisme total est une attitude de nihiliste conscient et politisé qui ne font que réaliser idéalement le paradigme des réactionnaires. Si pour certains (mais qui ? Le petit journaliste qui l'interroge et prend acte de son combat?) la vie de Béatriz Preciado lui permet d'échapper à toute classification évidente, nous nous contenterons de dire que la domination et le pouvoir en général non pas besoin que leur classification soit juste, il leur suffit qu'elle soit efficace pour accomplir leur société de contrôle.

En définitive le comportement d'un tel déconstructionnisme ne fait qu'habilité et confirmer des codes qu'elle prétende critiquer largement en leur reconnaissant une importance t'elle qu'il tente ABSOLUMENT d'y échapper, comme si il n'existait qu'eux. Dans la pensée du déconstructionniste totale et dans son corps, l'hétérocapitalisme à déjà gagné. La réalité est pourtant tout autre, le capitalisme hétérosexuel patriarcal et industriel est rempli de failles, limité dans ses capacité énergétique et il n'échappera pas nous l'espérons à la prochaine évolution critique des déconstructionnistes.


Le problème tout de même qui semble subsister à ces critiques de l'hégémonie hétérosexuelle, c'est de vouloir en terminer avec elle en proposant la destruction des corps hasardeux (qu'ils nomment malencontreusement biocorps) autant que de l'idéologie et de ses activistes. La critique ne fait pas dans les détails. L'échappatoire par le Cyborg humain-machine d'haraway ou la modification chimique de Beatriz Preciado est précisément une fuite, voire une perte de soi. Gageons que si ils réussissent leur affirmation dans leur comportement réactionnaire ils seront suffisamment fort pour s'en sortir bien. Mais c'est la voie longue, dure et parfaitement évitable qu'elles choisissent là ou il aurait été possible d'accepter son corps hasardeux et d'affirmer tout de même son refus de toute société de contrôle.


Florian OLIVIER à partir d'un article-entrevue « Jolie garçon » entre Beatriz Preciado et Jacques Braunstein pour Technikart2 n°126 (Octobre 2008) p 44 à 47.

1Né en 1970 à Burgos (Espagne). Se découvre homosexuelle. Fut une élève de Derrida à Princeton. En 2000 publie le « manifeste contrasexuel », qui propose de faire de l'anus le lieu d'une jouissance transexe. En 2004 publie sa thèse de doctorat « Pornography And Architecture in Playboy House ». Auteur de « Testo Junkie - Sexe, drogue et biopolitique » (2008), journal ou elle raconte ses 236 jours pendant lesquels elle s'est inoculée de la testostérone.

2Comme quoi on peu produire de la pensée à partir de n'importe quoi, y compris d'un magazine qui fait un petit article favorable a la pensée d'orwell (qui ne fait que réactualiser le sens commum de Hume entre nous soit-dit) et dans le même numéro qq.pages plus loin en plus des publicité pour des voitures largement présente, un autre vrai article publicitaire de 6 pages pour un téléphone mobile... Le Cynisme de la domination (et non le Cynisme de Diogène) jusqu'au bout, il n'hésite pas à titrer à cette occasion « Sauvez le monde, continuez d'acheter ». Technickart est typique de la schizophrénie artificielle promue par le capitalisme conscientisé, tel que l'avait prophétisée malgré lui Deleuze.

1 commentaire:

periféeries a dit…

Rares sont celles et ceux qui osent remettre en question les dérives décontructivistes, et encore moins quand elles font partie du mouvement queer féministe - j'ose espérer qu'il y a d'autres brillants détracteurs de ces théories de la soumission qui s'imaginent libératrices, je dois mieux les chercher pour les découvrir...je ne connais à ce jour qu'Annie Lebrun qui s'y oppose farouchement.

Sans me comparer à elle ni à quiconque, je fais partie de ces opposantes, et je vous propose un lien vers une page de mon blogue qui dénonce les glissements technocratiques de ce mouvement.

https://perryferryblog.wordpress.com/2015/12/28/lgbtqi/

et merci pour les mots qui croquent

p.